(Actualisé avec annonce du palais royal, progression du parti indépendantiste groenlandais)
par Stine Jacobsen et Soren Jeppesen
La Première ministre danoise Mette Frederiksen a remis mercredi la démission de son gouvernement au lendemain d'un désaveu électoral qui la fragilise en vue des délicates négociations politiques à venir.
Le roi Frederik X lui a demandé de mener ces pourparlers en vue de former une nouvelle coalition gouvernementale avec deux partis de gauche, a indiqué le palais royal.
Le Parti social-démocrate de la cheffe du gouvernement a connu mardi son pire résultat électoral depuis 1903, ne remportant que 38 sièges sur les 179 sièges du Parlement lors d'élections législatives anticipées.
Le bloc de gauche qui compose le gouvernement sortant a remporté au total 84 sièges, à six sièges de la majorité absolue, alors que celui de droite s'est adjugé 77 sièges.
Selon des analystes, ce résultat traduit un mécontentement des électeurs face aux promesses économiques non tenues du gouvernement centriste sortant et témoigne de la lassitude de l'électorat à l'égard de Mette Frederiksen, au pouvoir depuis juin 2019.
Néanmoins, les sociaux-démocrates restent le premier parti du Danemark avec 21,9% des voix, ce qui place Mette Frederiksen dans une position de favorite pour briguer un troisième mandat, même si cela passera par de longues et difficiles négociations.
"C'est le paradoxe de cette élection : la grande perdante, Mette Frederiksen, est également la favorite pour devenir la prochaine Première ministre", observe le politologue Noa Redington.
La position du Parti modéré, centriste, dirigé par le ministre des Affaires étrangères, Lars Lokke Rasmussen, pourrait être décisive, avec 14 sièges.
Les chefs de parti devaient s'entretenir individuellement mercredi avec Frederik X afin de proposer un candidat consensuel.
PERCÉE DE L'EXTRÊME DROITE
Mette Frederiksen a reconnu la fragmentation du paysage électoral lors d'un débat mercredi, affirmant que le résultat excluait la possibilité de former un gouvernement traditionnel de droite ou de gauche. "Il ne nous reste donc plus qu'à coopérer. C'est le message à retenir", a-t-elle déclaré.
Depuis 2022, la Première ministre dirigeait une grande coalition regroupant les sociaux-démocrates, le Parti libéral (de centre-droit) et les Modérés. Le chef du Parti libéral, le ministre de la Défense Troels Lund Poulsen, a déclaré qu'il n'était plus intéressé par une coalition avec Mette Frederiksen.
Selon les analystes, les enjeux de politique intérieure ont éclipsé le soutien que Mette Frederiksen avait pu gagner grâce à sa fermeté face aux ambitions du président américain Donald Trump d'acquérir le Groenland, territoire semi-autonome danois.
"Cette défaite est plus importante que ce que l'on pourrait expliquer uniquement par le coût de la gestion du pays", juge Rune Stubager, politologue à l'université d'Aarhus.
Il impute ce revers à des décisions économiques qui n'ont pas trouvé d'écho auprès des électeurs, telles que la suppression controversée d'un jour férié, les réductions d'impôts pour les hauts revenus et une proposition visant à instaurer un impôt sur la fortune.
Ces législatives reflètent également une tendance plus large des électeurs à se détourner des partis centristes au profit d'alternatives anti-immigration ou de gauche.
Les partis nationalistes de droite ont augmenté leur part des voix à 17%, contre 14,4% en 2022, tandis que le Parti populaire socialiste a également gagné du terrain.
LE PARTI INDÉPENDANTISTE GROENLANDAIS REMPORTE UN SIÈGE
Le Parti populaire danois, anti-immigration, a capitalisé sur les inquiétudes liées à l'inflation et au coût de la vie, en promettant de réduire les taxes sur les carburants et en organisant des événements de campagne proposant de l'essence à prix réduit aux automobilistes, note Rune Stubager.
Si les politiques d'immigration strictes de Mette Frederiksen restaient globalement en phase avec l'opinion publique, c'est le programme économique national, plutôt que sa position sur l'immigration, qui a pesé le plus lourd dans les urnes.
Le parti groenlandais Naleraq, qui prône une indépendance rapide vis-à-vis du Danemark, a quant à lui remporté son premier siège aux élections législatives, envoyant au Parlement un opposant à l'union entre Copenhague et Nuuk.
Naleraq a obtenu un score de 24,6%, en forte progression par rapport aux 12,2% enregistrés lors du scrutin de 2022.
"C'est un signal très clair que le statu quo n'est pas acceptable", a déclaré à Reuters Qarsoq Hoegh-Dam, qui représentera Naleraq au Parlement - où deux sièges sont réservés au Groenland et deux aux îles Féroé - et s'est engagé à œuvrer pour que l'île soit entendue sur tous les sujets la concernant.
Alors que la coalition au pouvoir au Groenland, dirigée par Demokraatit, défend une approche pragmatique et de long terme vers l'indépendance avec le Danemark comme partenaire clé, Naleraq milite pour une séparation rapide, accentuant une division que Washington pourrait chercher à exploiter, selon des analystes.
(Stine Jacobsen et Soren Jeppesen, avec Louise Rasmussen, Ilze Filks, Tom Little et Leonhard Foeger à Copenhague, Tim Barsoe à Nuuk, Oliver Barth à Graested; version française Camille Raynaud, Etienne Breban et Benjamin Mallet, édité par Sophie Louet)

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